Le Net, ce n'est pas le Far-West !

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Après plusieurs années à entendre nos "industriels de la culture" nous dire, à nous, "braves consommateurs", et accessoirement fins mélomanes, amateurs d'art, cinéphiles éclairés, et autres joueurs épileptiques et j'en passe (si nous en sommes, si nous en en fûmes :D), que nous étions de méchants pirates qu'il fallait "éduquer", notre gouvernement semble bien vouloir, lui aussi à son tour, mettre bon ordre dans cette jungle lubrique et malodorante qu'est "le oueb", et sa cohorte de "barbes-rouge" au pavillon noir, tapis dans l'ombre, attendant le moment propice pour venir "... jusque dans nos bras, égorger nos fils et nos compagnes" (la fin est dans le domaine public, vous pouvez aisément la ressortir en soirée, sans bourse délier)...

Ainsi, DADVSI nous avait émus, HADOPI nous a révoltés, parfois, de par ses approximations techniques et sa parfaite mauvaise foi (sans parler du fait que cette joyeuse bande de moralisateurs ait réussie à convaincre certains de mes artistes préférés que "le téléchargement c'est mal", ce qui me met hors de moi, "touchez pas à mes artistes", laissez leur "la liberté de penser" <- attention expression sans doute sous copyright, merci de laisser un pourboire en sortant...). LOPPSI risque d'être une pierre de plus au muselage du Net, ou pour le moins, un sévère filtrage, et une franche centralisation de l'information (qui est un "site de confiance" et qui ne l'est pas ?...). Le retour du Minitel 2.0 ?

Mais il existe pourtant depuis la création du "réseau des réseaux", une suite de préceptes simples et logiques, une sorte de dogme inaltérable, auquel chaque utilisateur doit se plier pour le bien et le confort d'utilisation de tous : la "netiquette". Et oui, je rappelle, contrairement à beaucoup d'idées toutes faites, notamment véhiculées par nos politiques et industriels, que le Web ce n'est pas le Far-West, il y a des règles depuis sa naissance ! Ses inventeurs ne vous ont pas attendus, vous, braves "marchands de lessive" et autres bonimenteurs de la numérisation de l'industrie du 19ème siècle.  Même si nous y sommes maintenant plus nombreux, les règles et coutumes de bienséance restent les mêmes sur ce réseau... A chaque utilisateur attaché à ce dogme de le faire "passer à son voisin", de tenter de le faire comprendre au plus grand nombre, et de souhaiter défendre, au final, à sa mesure, la liberté de tous, et de lui-même.

Pour en revenir à l'industrie (ce qui veut dire, pour moi, "production et vente en masse"), le modèle économique lié à la "vente matérielle" d'un objet, fusse t-il un objet d'art, qui consiste à se déposséder d'un bien lorsque l'on cède ce dernier pour une somme d'argent sonnant et trébuchant, est, je pense, comme beaucoup d'autres de mes congénères, obsolète et d'un autre âge ! Les économies réalisées par la diffusion d'un coût proche de zéro qu'offre le Net, et la reproduction des oeuvres à l'infini sans perte de qualité et sans que son possesseur en soit dépossédé, devront indéniablement être reportées sur la facture du consommateur de culture. De plus, il serait de bon ton de renégocier la répartition allouée aux artistes.

En effet, si je prends l'exemple de la musique, beaucoup de productions sont aujourd'hui réalisées dans des configurations de type "home studio", par les artistes eux-mêmes. La production pour la maison de disque se cantonne du coup à l'enregistrement de quelques "overdubs" (pistes d'instruments additionnels, reprise de coeurs ou de la voix lead...) et du mastering final. Pas bien cher au final. Le reste du "job" consiste à promouvoir l'album. C'est tout. Sachant que la promotion passait jusqu'alors principalement par les "medias de masse" (TV, radio, presse écrite), cette promotion coûtait chère. La promotion par le Web ne coûte pas vraiment le même prix. Les sites de réseaux sociaux l'ont d'ailleurs bien compris, et proposent, je pense, des tarifs bien mieux adaptés, car bien moins onéreux pour les annonceurs, pour une cible toute aussi nombreuse que dans les médias traditionnels (Tronchebook, par exemple, combien d'utilisateurs, et consommateurs potentiels de par le monde ?)...

Je suis donc au regret d'annoncer à nos chers industriels qu'il va falloir réduire vos marges, et mieux redistribuer les dividendes avec vos chers artistes, ou nos chères idoles, si vous souhaitez pouvoir continuer sereinement à "écouter et servir vos clients", et "proposer et défendre vos produits". Car il serait dommageable de louper le coche, et laisser les artistes et leur public deviser entre eux, sans vous...

Qu'on se le dise !